Publié par : syzygie | novembre 30, 2009

Hang Down Your Head For Sorrow, Hang Down Your Head For Me…

Il y a des villes qui, peu importe leur âge, se sont toujours nourries de mythes et de légendes que le sol sur lequel elles furent érigées, et qui continue à les supporter, leur prodigue ; pour peu qu’il soit avare de ses richesses narratives, la ville n’hésite à pas se l’approprier et à y créer ses propres mythes ; enfin, la ville, par essence ouverte aux quatre vents et ghetto imprenable, tire ses mythes de la rumeur du monde extérieur, des voyageurs qui y circulent et qui tirent du mystère du huis clos urbain d’innombrables fantasmes. Et combien de villes ne revendiquent pas cette qualité, de ville-mystère, ville-légende, où les conteurs peuvent à loisir trouver de quoi enrichir leurs narrations ? De tête, maintes villes aux noms étincelants peuvent bien y prétendre : Tolède, Babylone, Istanbul, mais je dois bien m’arrêter là, car la liste n’est pas exhaustive. Même New York peut bien prétendre jouer un rôle de ville fondatrice de mythe, de ville-mère : si jeune pourtant, en comparaison à d’autres citadelles millénaires ! Mais Tolkien avait prédit la mort, ou du moins la stagnation de l’espéranto en soulignant le manque de mythes fondateurs de cette langue, langue morte avant même d’avoir réellement atteint un statut d’existence. Dans cette optique, rien n’est plus vivant qu’une ville comme New York, qui tente, chaque jour, de faire jaillir, entre douleur et joie, entre violence et beauté, un nouveau mythe, une nouvelle affirmation de son dynamisme qui n’est pas prêt de s’éteindre. Nous pouvons la détester, elle et tout ce qu’elle représente, mais elle ne cesse de nous jeter à la tête la réalité, toutes les deux aussi bigarrées l’une que l’autre. Le Nouveau Monde n’est pas aussi « nouveau » et/ou « jeune » qu’il en a l’air : la nécessité humaine de se bâtir des mythes était déjà ancrée en lui. De l’autre côté de l’Atlantique, ma ville fait aussi partie de ces villes mythiques et, si elle ne prétend pas concourir avec la Nouvelle York en termes de popularité, elle a du moins ce mérite qu’elle n’a jamais perdu son acharnement à exister et à vivre. La Fête des Lumières approche à grands pas, et déjà, je perçois une sorte de frémissement dans l’air, qui prélude à l’enchantement et la féérie de la Fête elle-même. J’aimerais pouvoir décorer ma chambre avec des boules chamarrées et des guirlandes, et des branches de sapin et des lamelles d’écorces d’orange pour le parfum, mais je ne sais pas, même si je me sens bien ici, je ne me sens pas assez chez moi pour combler le vide des murs. La nostalgie de ces Noëls tels qu’on pouvait les passer aux Etats-Unis me hante encore, et je ne saurais, ni ne pourrais la rejeter. D’ailleurs les musiques de Noël tournent en boucle sur mon ordinateur, comme pour conjurer l’absence de neige, de cannelle, de guirlandes lumineuses et de sapins. Il y a beaucoup de rues dans Lyon, beaucoup de dédales si vous n’y prenez garde, et qui a dit que le petit peuple avait disparu ? Si les korrigans n’ont pas disparu de Bretagne, qui aurait bien pu éradiquer ici leurs cousins ? J’ai été à Fourvière hier, et hier le vent, et hier le monde… Je ne suis pas entrée, je me suis juste attardée quelques minutes sur la terrasse qui surplombe Lyon, et puis je suis redescendue par le Rosaire, jusqu’à la rue du Bœuf. Je ne sais trop quoi penser de Fourvière elle-même, mais la vue sur Lyon m’a saisi, comme si, à partir de ce jour, je pouvais parler désormais parler de Lyon en connaissance de cause. Je reconnaissais, je repérais, et les fleuves sont très beaux, des quais et vus d’en haut. Avant-hier, j’ai arpenté le Vieux Lyon à la recherche de librairies et j’en ai trouvées, des petites boutiques, avec des livres partout, et même des vieilles éditions, du 19ème siècle ; je me suis sentie un peu timide devant tous ces volumes. Il y a eu aussi la boutique et galerie d’art où j’ai cédé au motif coquelicot imprimé. Entre-temps, j’ai réussi à perdre un de mes carnets (hence the title) ; je croise les doigts pour le retrouver demain. Avec un peu de magie de Noël, tout peut arriver, ‘spas ? (Un vrai moment Disney…) J’avais aussi acheté des albums photos, des tons marrons (chauds les marrons chauds), pour faire comme une grande avec les photos développées ; et puis, j’ai tout simplement envie de sourire ces derniers temps ; non, je ne pouvais pas mieux tomber à Lyon. Voir plus…

Publié par : syzygie | novembre 29, 2009

Je fus taguée

(par Mimy); voici le résultat:

1) Si on vous pro­po­sait d’écrire votre bio­gra­phie, vous pren­driez qui pour nègre ? (et oui, tout le monde n’a pas un don pour la lit­té­ra­ture)
Alexandre Dumas.

:D

Erm, hé bé, j’ai envie de dire que je n’aime pas l’idée d’un ghostwriter. (En plus, si vous creusez bien, les blogs c’est déjà comme des mini-autobiographies, et je rédige entièrement le mien.) Et enfin, je me vois mal écrire une autobiographie.

2) Vous êtes en train de lire le tout der­nier cha­pi­tre d’un livre, celui qui vous a fait pas­ser une nuit blan­che, la fin qui vous fait sali­ver (notez le jeu de mots siou­plé) depuis une cen­tai­nes de pages… Lors­que sur­vient un homme, torse nu. On va dire qu’il s’appelle… Daniel Craig. Il a l’air cha­grin. Il a une petite dou­leur à l’épaule, et est per­suadé qu’un petit mas­sage lui ferait le plus grand bien. Que fai­tes-vous ? (PS pour les gar­çons : à la place de Daniel Craig, merci de com­pren­dre… Allez, soyons fous, Scar­lett Johans­son, mais en bikini, pas torse nu !)
Euh – Daniel Craig? La scène se passerait sûrement ainsi: *lève la tête* – *baisse la tête* – *continue de lire*.

Mais si Howl se pointe avec la même requête, eh ben, je serai sourde à la Littérature.

3) C’est la fin du monde. Quel livre met­triez-vous dans la cap­sule qui sau­ve­gar­dera une trace de l’huma­nité ? (vou­driez-vous vrai­ment que ce soit Orgueil et Pré­ju­gés ?)
Un livre de recettes autour du chocolat.

Ben, oui, quoi, faudrait pas que les civilisations galactiques qui découvriront nos vestiges des millénaires plus tard, et qui ne sauront toujours pas ce qu’est le chocolat, persistent dans leur ignorance.

Non?

4) Quelle est pour vous la pause lec­ture idéale ?
Roulée en boule en haut d’une armoire.

Non, mais si vous regardez bien, chuis sûre que les chats font ça pour se planquer pour lire. Parce qu’ils savent que sur la banquette ou le lit, ils ont 75% de chances d’être dérangé.


5) Si vous aviez le pou­voir de tru­ci­der/effa­cer un per­son­nage de roman, ce serait qui  ?

Jean-Jacques Rousseau!

Ah non, c’est pas un “véritable” personnage de roman? Bon, eh ben, les deux andouilles qui servent de protagonistes à La Nouvelle Héloïse.

6) Sau­ve­riez-vous Vol­de­mort, juste pour avoir un hui­tième tome ?
Bonne question.

7) Jusqu’où êtes-vous allés pour un livre ?
To the dark side.

They lied about the cookies.

(Private joke, scuse me.)

8 ) Si vous pou­viez retour­ner dans le passé ren­con­trer un auteur. Ce serait qui ? Quel­les seraient vos tou­tes pre­miè­res paro­les ? (A part “Bon­jour”)
Jean-Jacques Rousseau.

Et: “Pardonnez-moi Voltaire de trucider votre source d’amusement, mais il faut épargner certaines choses aux générations futures.”

9) Décri­vez la biblio­thè­que (per­son­nelle ou pas) de vos rêves.
Pour ce qui est de la bibliothèque personnelle, ce serait des livres partout, des espaces remplis de livres et de tout ce qui me tient à cœur, et des espaces à remplir encore.

Bibliothèque commune: la même, mais sans portes donnant sur l’extérieur.

10) Vous retour­nez dans le passé (déci­dé­ment, bande de vei­nards !), en pleine 2ème guerre mon­diale. Quel livre don­ne­riez-vous à Hit­ler pour qu’il arrête de cra­mer des bou­quins ?
Ben, arrêter les autodafés, à cette époque, ça serait pas vraiment la priorité, non?

11) Quelle(s) page(s) arracheriez-vous d’un livre ?
Le nombre de pages n’est pas précisé: je déchirerais donc volontiers l’ensemble de l’œuvre de JJ Rousseau. En tout pitits confettis.

Fini, et comme nous ne sommes que des passeurs dont le rôle est sans cesse de transmettre de blog en blog, de conscience en conscience, ces questionnaires qui nous permettent de tuer le temps de dévoiler certains aspects de notre personnalité avec finesse et humour, je transmets ce questionnaire à qui n’a rien d’autre à faire veut se soumettre à cet exercice d’introspection.

Je plaisante, toutes proportions gardées: les questionnaires sont des exercices passionnants, pour qui sait les subvertir.

Publié par : syzygie | novembre 27, 2009

Thanksgiving Note

Yesterday was Thanksgiving, and it brought its usual stream of memories. The first year I spent in the USA, a colleague of my dad’s invited us over to her house for the day. I barely spoke English then, understood more or less vaguely what this holiday was about, and was still (am still) under the stunning effect of Autumn in those parts – it was Thanksgiving, and Indian Summer was still lingering. I remember the stuffed turkey, the cranberry sauce, the pumpkin pie: full respect of the (homemade) tradition. Thanksgiving was the time Autumn started giving way to Winter without completely loosening its grasp on the land. I remember that my first Thanksgiving was very sunny, though I do not know whether it was a cold one. Probably so – we had snow very early that year as well, as though giving me, straight away, a condensed version of what New England seasons can be. It is in Autumn and Winter that I dearly miss the USA, that I miss the spirit of the holidays the most. Sure, you can’t make it more commercial than they do: Halloween, Thanksgiving, Christmas, Easter, 4th of July, and everything in between, everything is used up by stores and ads in every single way possible. The cynics say every ounce of honesty and true meaning has been squeezed out of these holidays; and I do get cynical at times; but I cannot honestly say I don’t enjoy the holiday spirit because I feel it is fake. No, I don’t feel it to be 100% fake; yes, I love it, even if that makes me shallow and superficial. I’m bubbling with projects of all kinds, doing a million of things at the same time, and I wonder if this is the way I am meant to be fulfilled. I almost don’t even have time to feel alone and/or lonely. I guess this is what I am thankful for – be it on Thanksgiving, or any other day: the little things in life that keep us going. The little things we achieve, as small as they might be. The little things we strive for, and that give purpose to our actions. Though I may miss out on many things, on many occasions because of my aloofness, my cynicism, my incapacity to wholly trust people, I realize that family, friendship and love can all fail. Those little things never do: by essence, past memories and future projects prop us up, and help us stand when all the rest crumbles. They make up the essential fabric of life. Family, friendship, love can wear out, and come undone: the threads only strengthen with time; and life’s thread is already quite weak (just take a look at the three Fates). As shallow and cliché as it may sound, or as pretentiously philosophical as it may appear, the “only” thing I’m thankful for right now is life itself.

Hier, jour de Thanksgiving, a apporté son cortège habituel de souvenirs. La première année que j’ai passée aux USA, une collègue de mon père nous avait invités chez elle pour fêter cette journée-là. Je parlais à peine anglais, je comprenais plus ou moins vaguement de quoi retournait cette fête, and j’étais encore (suis encore) sous l’effet stupéfiant de l’automne là-bas – c’était Thanksgiving, et l’Eté Indien ne semblait pas vouloir lâcher prise. Je me souviens de la dinde fourrée, de la sauce cranberry, de la pumpkin pie : le respect entier de la tradition, faite maison. Thanksgiving était le moment où l’automne commençait à céder le pas à l’hiver sans pour autant complètement desserrer son emprise sur la terre. Je me rappelle que mon premier Thanksgiving fut très ensoleillé, bien que je ne me souvienne plus s’il fut froid ou non. Il est très probable qu’il l’ait été – la neige est arrivée très tôt cette année-là également, comme si je devais recevoir, dès le début, une version condensée de ce que peuvent être les saisons de la Nouvelle Angleterre. C’est en automne et en hiver que les USA me manquent le plus, que l’ambiance des fêtes me manque le plus. Bien sûr, plus commercial que chez eux, on ne fait pas : Halloween, Thanksgiving, Noël, Pâques, Jour de l’Indépendance, et tout le reste, tout est prétexte à être commercialisé par les magasins et les publicités. Les cyniques disent que la moindre trace d’honnêteté et de signification véritable a été éradiquée dans ces fêtes ; et je suis bien cynique à mes heures ; mais je ne peux pas dire, en toute honnêteté, que je n’aime pas l’ambiance des fêtes, parce que je la trouve artificielle.  Non, je ne la trouve pas à 100% artificielle ; oui, j’adore cette période, même si cela doit faire de moi un être superficiel. Je bouillonne de projets en tout genre, je fais un million de choses à la fois, and je me demande si c’est de cette manière que je dois m’épanouir. Même que je n’ai presque pas le temps de me sentir seule et/ou esseulée. Peut-être que je suis reconnaissante de cela, que ce soit à Thanksgiving ou un tout autre jour, de ces petites choses qui nous font avancer. Les petites choses que nous accomplissons, aussi petites qu’elles puissent être. Les petites choses que nous luttons pour avoir, et qui offrent un but vers lequel faire tendre nos actions. Même si je dois passer à côté de bien des choses, bien des occasions à cause de ma réserve, de mon cynisme, de mon incapacité à faire complètement confiance aux gens, je me rends compte que la famille, les amis, les amours peuvent tous échouer. Pas ces petites choses : par essence, les souvenirs passés et les projets futurs nous font tenir debout, nous soutiennent quand tout le reste s’effondre. Ils composent le tissu essentiel de la vie. La famille, les amis, les amours peuvent s’élimer et se délier ; les fils ne se fortifient qu’avec le temps ; et le fil de la vie est déjà bien assez faible (un seul exemple, celui des trois Parques). Tant pis si cela paraît superficiel et cliché, ou prétentieusement philosophique – mais « l’unique » chose qui me rend reconnaissante en ce moment, c’est la vie elle-même.

Publié par : syzygie | novembre 24, 2009

« Des lieux de silence, spacieux et fort étendus… »

(Tiens, ça faisait longtemps que je n’avais pas posté de photos…)

En direct de la bibliothèque ENS LSH (ça, c’est pour donner l’illusion que je suis sérieuse, prompte à l’étude, etc.), je dois bien justifier, en ces hauts lieux de la pensée (dois-je dire que c’est un véritable pensoir* ?), ma présence sur ce blog alors que je devrais être en train de peaufiner ma linguistique (oui, je n’ai plus qu’à peaufiner, car j’ai déjà fait mes devoirs, en dix minutes, il faut bien savoir être efficace dans la vie). C’est tout simple : le grand ouaib a infiniment plus d’attrait que la relation inter-nominale, vous en conviendrez. Voir plus…

Publié par : syzygie | novembre 22, 2009

I Hear Snow is Falling on Red Square

Beaucoup de vent aujourd’hui, mais le ciel était très bleu ce matin, et l’arbre au fond du jardin très rouge. Les nuages arrivent doucement du sud. Ce week-end, je suis rentrée sur Valenciennes dès jeudi soir ; sur l’autoroute de nuit ; du jazz sur la plus grande partie du parcours. Et ce week-end aussi : les premières clémentines, comme des soleils miniatures qui attendent d’éclater au creux de la main. Comment l’hiver peut-il être âpre et détestable, tant que les clémentines existent ? Aussi, les premiers Ferrero Rocher. J’ai un grand calme au cœur, la maison de Famars semble être à la dérive, comme les nuages. Je me dois de préparer Noël dès maintenant.

Mardi, concert de Pink Martini avec Nath et Hadrien. Au métro Jean Jaurés, la radio passe Sympathique. C’est un bon augure, ai-je décidé. Arrivés à Part-Dieu, on prend de quoi manger en passant (mon éternel panini poulet) ; direction l’Auditorium ; le sentiment qu’on est en train de vivre une occasion qu’il ne fallait pas rater s’accroît. Je connais presque par cœur les trois premiers albums ; le quatrième, je n’y ai pas touché, pour que la surprise soit complète ce soir. Le bar propose des martinis rosés, circonstances obligent. La salle est immense, un vrai amphithéâtre ; j’ai l’impression d’être une gosse éblouie par les lumières.  J’aime ce bref moment, cette fenêtre dans le temps suspendue (one syllable short of an alexandrine), juste avant que le concert débute, lorsque les spectateurs arrivent, s’installent, un brouhaha paisible dans la salle, des parfums, c’est comme au théâtre – et encore, les musiciens n’ont pas accordé leurs instruments devant nous, mais je me souviens de concerts  où pendant quelques minutes, l’orchestre déployait patiemment, devant les spectateurs silencieux, une cacophonie harmonieuse, qui tendait vers le réglage de chaque instrument, pour finalement se taire, et donner lieu au « véritable » concert. Voir plus…

Publié par : syzygie | novembre 21, 2009

Le Ruban Blanc

Lundi, sortie ciné l’après-midi, au Comœdia (la programmation des films bientôt à l’affiche est d’ailleurs assez intéressante). Samedi, enfin, quelques zooms sur Le Ruban blanc.

Tout d’abord, l’ouverture et la fermeture du film : les noms défilent sur l’écran dans le plus parfait silence. Au début, cela éveille la tension ; à la fin du film, cela semble naturel, ce découlement ininterrompu de noms, sans le moindre bruit parasite, comme si une volonté d’oblitération des souvenirs avait agi. D’ailleurs, la voix off du narrateur (l’instituteur du film devenu âgé) ne nous avertit-elle pas, d’entrée, que la frontière entre réalité et fiction/souvenirs se fait ténue ici, non seulement à cause de la chape de mystère qui plane sur les événements, mais aussi à cause des années qui ont passé et qui ont pu éroder la mémoire ? Voir plus…

Publié par : syzygie | novembre 16, 2009

Valentina in the sky with diamonds

Je recommande chaudement à tous de programmer leur séance de film en fin de soirée, préférablement après 19h : on rentre chez soi au plus tôt aux alentours de 21h, et comme la nuit tombe vite en hiver, cela permet de déambuler tranquillement dans la ville nocturne (Lyon, de ce point de vue, est assez féérique, je trouve). En plus, cela ne coupe pas la journée, c’en est plutôt l’aboutissement.

J’ai été voir L’Imaginarium du Docteur Parnassus hier (soir, comme vous pouvez vous en douter) avec I., fellow angliciste. En principe, je ne devrais pas donner d’opinion : tout se résume dans les mots « magnifique ». « Génial ». « Somptueux ». Oui, en effet, j’ai aimé, et pas qu’un peu.

D’abord, visez un peu les noms à l’affiche : à la réalisation, Terry Gilliam ; parmi les acteurs, Christopher Plummer (le Docteur Parnassus), Heath Ledger / Johnny Depp / Jude Law / Colin Farrell (Tony), Tom Waits (Mr. Nick = le Diable). Rien que pour ça, le film se présente déjà comme un must – est-il vraiment possible de se tromper avec un esprit tel que celui de Gilliam aux commandes, et un jeu d’acteur tel que celui des personnages cités précédemment ? Voir plus…

Publié par : syzygie | novembre 13, 2009

Des Yeux pour Lyon

1. Oui, je vais bien, c’est que je suis une étudiante désormais, une vraie de vraie, je repère les expositions, les colloques, les concerts, et je m’arrange pour y aller. Hier, je suis passée en trombe au Musée des Moulages, car il y avait une conférence d’Anne-Marie Garat (que je ne connais pas) sur la photographie ; le titre m’avait bien plu, Photo, fiction, et mémoire ; mais ça commençait à 17h30, et je n’avais qu’une toute petite heure de répit entre 17 et 18h. Il a bien fallu courir dans le métro, et au final renoncer à la conférence, mais j’espère la retrouver sur la webTV de Lyon 2.

2. Mais je n’ai pas perdu mon temps, bien au contraire, puisqu’il y avait une autre exposition de photographie à ce Musée, une rétrospective de Lyon des années 40 à 90. Des grands clichés, tous en noir et blanc, pendus, accrochés au mur, entre les moulages blancs et gris (mais souvent plus gris que blancs). Cela faisait drôle de voir des buildings modernes à côté de jeunes éphèbes en plâtre aux allures suppliantes, d’un coup le moderne et l’ancien ensemble, mais ils ne viennent pas s’entailler, comprends-tu, cela semblait naturel ; et en plus, le musée est une ancienne usine reconvertie, il semble que le décalage et le mélange imprègnent encore les murs. Voir plus…

Publié par : syzygie | novembre 12, 2009

Pot-pourri

[Elle est assise, à une table de café de préférence ; elle écrit, ou elle parle.] Non, autofiction, ça sonne barbare ; c’est froid, comme tous ces mots de théoricien ; je n’y peux rien, j’aime les mots qui vivent, dont la naissance se perd dans la nuit des temps, ou bien, s’ils sont inventés, qu’ils le soient pour des raisons, comment dire, des raisons de poétique, de nécessité, mais surtout pas pour les besoins de la théorie. La théorie, elle t’avale les mots, et te recrache des cadavres. [Elle pause quand elle le souhaite.] Oui, des cadavres, parfaitement, avec des perles dans les yeux, tu te souviens, que j’avais dû tout réapprendre ? C’est de là qu’est tirée la chanson de Lullaby, je l’ai apprise par cœur, il faudrait que j’aille à la mer un de ces jours, tiens. Et cette phrase – [Elle a le droit de théâtraliser, en scandant excessivement.] « We are such stuff as dreams are made on, and our little life is rounded with sleep ! » Gosh ! Et moi qui pensais être réelle ! Tu me diras, ça ne me changera pas beaucoup… Oui, j’ai fait développer les photos. Ma vanité veut croire qu’elles aient quelque valeur. C’est possible, certaines ont au moins le mérite de ne pas être désagréables à l’œil. Il me faudrait des natures mortes, avec des crânes au milieu de bouquets de fleurs, des sabliers sur un piano, and so forth. Je dois être folle, ou vaine, ou les deux à la fois. [Si une cigarette, elle a le droit aussi ; mais on ne voit pas à qui elle parle.] Mais le cinéma, j’ai commencé, au moins à voir – hier soir, c’était Les Vacances du Cinéaste, de Johan van der Keuken, 40 minutes, 1974, il est habitué à travailler sur des formats très longs, tu vois, alors là, c’est comme un condensé de tous les motifs récurrents, obsessionnels qui hantent son œuvre… Oui, tu as remarqué, je parle comme si je savais… Mais on ne saura jamais rien, alors autant en profiter, et faire sa maline ! Oui, oui, j’ai bien aimé, même si c’était un peu trop décousu, mais bon, lui, c’est un grand cinéaste, donc mon opinion ne compte pas, il sait ce qu’il fait, et un jour peut-être je comprendrai. Cela tenait davantage de la photographie que du cinéma, d’ailleurs, apparemment il a employé des moyens rudimentaires. [Des grands gestes, à l’italienne, ne pas hésiter.] Il a parlé de jazz aussi, de Ben Webster, et forcément, tu auras deviné que c’est ce qui m’a le plus plu dans – le plus plu, quelle phrase horrible, le meilleur moment du film pour moi, je veux dire. La salle n’était pas beaucoup remplie, je suis partie tout de suite après, je m’étais bien installée tout en haut, en bout de rangée pour partir plus aisément, il faisait nuit dehors, et le ciel était plus noir que les nuages, et à un moment, j’ai cru voir une étoile, mais c’était un avion. Ça m’a fait sourire. Toi aussi, ça te fait sourire ! Mais pas pour les mêmes raisons. Une vraie gamine. Tu me croirais si je te dis que j’adore les flaques, et ce qui y est réfléchi ? J’ai de grands tourments existentiels ces derniers jours sur la notion de réflexion. Le miroir, tout ça… Je parle comme Anne Shirley, et mon esprit fonctionne comme celui d’Alice. Qui ? Anne et Alice ? Tu ne connais pas ? Tant pis. Tu vois que ça ne sert pas à tout, de vivre avec eux ! [Gestes en direction de la vitre, les passants sont encore nombreux dans la rue, en dépit de la pluie qui tombe, mais c’est une pluie fine, et de l’autre côté de la rue, un parapluie s’ouvre lentement, il est de couleur vert acidulé.] Oui, eh bien voilà, moi, je veux vivre comme mes personnages, comme tu dis, c’est exactement cela ! Mais bien sûr qu’on peut vivre comme eux ! Comment crois-tu qu’ils ont fait, tous ceux qui leur ont donné voix ? Oui, je vais prendre un autre café, mais non ça ne calmera pas, de toute façon, je suis très calme, heureuse aussi, en dépit de ton indifférence, tu vois, j’ai reçu mes boucles d’oreille aujourd’hui, tu ne les as même pas remarquées, mais ça va, je veux bien te pardonner. Ce pardon n’est point condescendant, mais tu l’interpréteras comme tel, et ça te rongera assez bien de l’intérieur ; ou bien, tu t’en fous éperdument, et dans ce cas, toi et tes conseils n’avaient aucune chance. Regarde-toi bien : tu parles, tu parles, mais tu n’as jamais essayé, ne serait-ce qu’une fois, de voir comment les autres pensaient. Ou bien, tu te dis que tu as forcément raison. Oh, remets le nez dans tes journaux, et fiche-moi la paix. [Pause. Elle va commander au bar un autre café. On s’attarde sur une goutte d’eau à la vitre. Quand elle revient, elle continue de sourire.] En fait, je cherche juste un équilibre, pas grand-chose, mais comprends bien, les mots que j’ai toujours voulu entendre sont toujours arrivés trop tard – ou, la plupart du temps, ne sont pas arrivés du tout ! Alors, ce n’est pas de la complaisance, c’est juste que whatever works, ça aussi, je l’ai vu il n’y a pas longtemps, et je lis beaucoup de choses sur le bonheur en ce moment, même si je n’ai pas trouvé le livre qui raconte que le bonheur, c’est un des Beaux-Arts ; mais tu sais, au point où j’en suis, recevoir des lettres ou aller au Starbucks et commander un chocolat viennois avec un muffin myrtille en écoutant du jazz, ça suffit à me rendre heureuse. Il faudrait que j’apprenne à jouer aux échecs, ça a l’air divin. C’est comme la photo, mais dès que tu me regardes comme ça, je me sens tellement gamine, et j’ai envie de tout abandonner ! Dire qu’on pense tous détenir la clef du monde. Toi, en particulier : fais-moi penser de te gifler un de ces jours. Dire que c’est nous que tu accuses ou que tu critiques – allez, reconnais au moins que tu trouves forcément ta vie meilleure à la nôtre ! Enfant gâté. Tu juges tout, ah tes grandes assertions ! Et c’est nous que tu traites de bornés. J’ai fait le plein de jus de fruits, ce matin, en postant mes lettres : je ne pouvais plus tenir. Oui – non, je ne reviens pas au sujet principal, et de toute façon, si cela m’amuse de digresser ! Et qu’est-ce qui te fait croire que tu es le sujet principal, anyway ? [Elle sourit, c’est une victoire comme une autre.] Moi au moins, j’ai plus de souvenirs que si j’avais mille ans, et avec un accent anglais, ça passe très bien. Non, réglons-cela, tu as bien raison : tu te crois tellement supérieur en tout, que tu penses que tu peux légitimement donner des conseils sur tout, ce qui n’est pas vrai, bien entendu ; et en plus de cela, tu me fais croire que je n’ai aucune chance dans les domaines où tu entends déployer ta supériorité, même si tu me répètes le contraire ! Ou justement, parce que tu me répètes le contraire. Tu t’évertues à vouloir me prouver ma valeur, et tu ne sais même pas employer les bons mots. Mais je ne t’en veux pas, vraiment pas. Il faudra aussi que je te dise, pour l’exposition au Musée des Moulages ; des photos de Lyon, noir et blanc, ces soixante dernières années, au milieu des statues de jeunes éphèbes en plâtre, de corps torturés et des mornes pharaons, et puis ces chevaux à queue de poisson qui se cabrent… Le musée est dans une ancienne usine ; fais-toi accompagner de quelqu’un, pour visiter c’est toujours mieux. Non, la solitude ne me sied plus, je l’aime encore, après tout, on ne renie pas des amitiés plus anciennes que soi-même, mais bon, il faut savoir perdre. C’est tout fini, désormais ; c’est comme les tableaux de Hopper, tu sais, où les personnages attendent dans cette lumière – ils attendent. Oui, nous irons à la Croix-Rousse, d’où tu peux voir tout Lyon ! Je te montrerai. Nous ferons le tour des librairies aussi. J’ai arpenté les lieux, mais je ne prévois rien – il faut laisser au hasard, aussi : c’est le meilleur des guides. Je suis hanté. Je ne sais plus qui a dit ça. Mallarmé, peut-être ? L’Azur. Tu vois, un peu l’ironie ? [Elle s’avance, elle va faire des confidences.] Tu ne sais jamais ce qui va arriver. J’avais prévu d’être un grand poète. Je me retrouve à préférer ces jours-ci la prose ! Non, décidément, l’art, ce n’est jamais la réussite de l’idée première. La réalité résiste trop ! Non, l’art, ce n’est jamais ce que tu voulais faire. Tu finis toujours par faire autre chose, quoi qu’il arrive. Mais ce qui arrive, c’est que le produit final n’est jamais pur : il est toujours subverti par ta propre pensée, puisqu’il s’est ancré à ton idée première. Tu vois bien : l’art est toujours hybride, contaminé par la vie. Et inversement : vivre est un art. Comme le bonheur. C’est simple, hein ? A en pleurer, à en rire. Les masques, oh les masques. [Elle sort une nouvelle cigarette.] Ultima necat, n’est-ce pas ? Mais celle-ci n’est jamais la dernière : je contrôle même la mort. [Elle se lève, va payer, et sort.] Le soleil est revenu, mais en soleil couchant, juste derrière les immeubles, là-bas. Good-night ladies. Good-night, sweet ladies.

Publié par : syzygie | novembre 9, 2009

This Is It : MJ et les bébés phoques

Après la chick flick qu’était Fame, il fallait bien que je tente This Is It, le film-hommage à Michael Jackson. Ce dernier n’avait jamais particulièrement figuré dans mon hit parade d’artistes musicaux, mais j’aimais beaucoup Billie Jean, Beat It, et en général l’album Thriller que mon père avait acheté à sa sortie. J’étais loin donc d’avoir l’attitude de groupie hystérique telle qu’elle est on display aux concerts de pareilles rock stars (oui, je sais, certains me diront, MJ, ce n’est pas du rock, c’est plus autre chose, mais on ne va pas chipoter) ; mais aller voir This Is It m’a semblé naturel, pour une raison qui peut paraître incompréhensible – pour moi, le plus poignant dans la mort de MJ, c’est le fait qu’il soit mort avant de donner son grand finale, comme si son héritage devait rester à jamais inachevé. Voilà pourquoi le film est spectaculaire et poignant : rétrospectivement, le travail colossal qui a été investi dans la préparation du comeback est ambigu, puisqu’il a permis à tous les membres de l’équipe (qu’ils soient danseurs, chanteurs, musiciens, régie) de saisir l’aura de MJ, mais en même temps le souvenir qu’ils garderont de ce moment est irrémédiablement teinté de tristesse ; et je comprends mieux la stupeur qu’ont pu ressentir ceux qui devaient participer à cette aventure. Voir plus…

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