- Au Starbucks de l’Hôtel de Ville
- L’arbre chez moi
- Les arbres du Jardin fleurissent encore
- Diabolo Grenadine
- Place Bellecour
- Sur l’étagère
Il y a des villes qui, peu importe leur âge, se sont toujours nourries de mythes et de légendes que le sol sur lequel elles furent érigées, et qui continue à les supporter, leur prodigue ; pour peu qu’il soit avare de ses richesses narratives, la ville n’hésite à pas se l’approprier et à y créer ses propres mythes ; enfin, la ville, par essence ouverte aux quatre vents et ghetto imprenable, tire ses mythes de la rumeur du monde extérieur, des voyageurs qui y circulent et qui tirent du mystère du huis clos urbain d’innombrables fantasmes. Et combien de villes ne revendiquent pas cette qualité, de ville-mystère, ville-légende, où les conteurs peuvent à loisir trouver de quoi enrichir leurs narrations ? De tête, maintes villes aux noms étincelants peuvent bien y prétendre : Tolède, Babylone, Istanbul, mais je dois bien m’arrêter là, car la liste n’est pas exhaustive. Même New York peut bien prétendre jouer un rôle de ville fondatrice de mythe, de ville-mère : si jeune pourtant, en comparaison à d’autres citadelles millénaires ! Mais Tolkien avait prédit la mort, ou du moins la stagnation de l’espéranto en soulignant le manque de mythes fondateurs de cette langue, langue morte avant même d’avoir réellement atteint un statut d’existence. Dans cette optique, rien n’est plus vivant qu’une ville comme New York, qui tente, chaque jour, de faire jaillir, entre douleur et joie, entre violence et beauté, un nouveau mythe, une nouvelle affirmation de son dynamisme qui n’est pas prêt de s’éteindre. Nous pouvons la détester, elle et tout ce qu’elle représente, mais elle ne cesse de nous jeter à la tête la réalité, toutes les deux aussi bigarrées l’une que l’autre. Le Nouveau Monde n’est pas aussi « nouveau » et/ou « jeune » qu’il en a l’air : la nécessité humaine de se bâtir des mythes était déjà ancrée en lui. De l’autre côté de l’Atlantique, ma ville fait aussi partie de ces villes mythiques et, si elle ne prétend pas concourir avec la Nouvelle York en termes de popularité, elle a du moins ce mérite qu’elle n’a jamais perdu son acharnement à exister et à vivre. La Fête des Lumières approche à grands pas, et déjà, je perçois une sorte de frémissement dans l’air, qui prélude à l’enchantement et la féérie de la Fête elle-même. J’aimerais pouvoir décorer ma chambre avec des boules chamarrées et des guirlandes, et des branches de sapin et des lamelles d’écorces d’orange pour le parfum, mais je ne sais pas, même si je me sens bien ici, je ne me sens pas assez chez moi pour combler le vide des murs. La nostalgie de ces Noëls tels qu’on pouvait les passer aux Etats-Unis me hante encore, et je ne saurais, ni ne pourrais la rejeter. D’ailleurs les musiques de Noël tournent en boucle sur mon ordinateur, comme pour conjurer l’absence de neige, de cannelle, de guirlandes lumineuses et de sapins. Il y a beaucoup de rues dans Lyon, beaucoup de dédales si vous n’y prenez garde, et qui a dit que le petit peuple avait disparu ? Si les korrigans n’ont pas disparu de Bretagne, qui aurait bien pu éradiquer ici leurs cousins ? J’ai été à Fourvière hier, et hier le vent, et hier le monde… Je ne suis pas entrée, je me suis juste attardée quelques minutes sur la terrasse qui surplombe Lyon, et puis je suis redescendue par le Rosaire, jusqu’à la rue du Bœuf. Je ne sais trop quoi penser de Fourvière elle-même, mais la vue sur Lyon m’a saisi, comme si, à partir de ce jour, je pouvais parler désormais parler de Lyon en connaissance de cause. Je reconnaissais, je repérais, et les fleuves sont très beaux, des quais et vus d’en haut. Avant-hier, j’ai arpenté le Vieux Lyon à la recherche de librairies et j’en ai trouvées, des petites boutiques, avec des livres partout, et même des vieilles éditions, du 19ème siècle ; je me suis sentie un peu timide devant tous ces volumes. Il y a eu aussi la boutique et galerie d’art où j’ai cédé au motif coquelicot imprimé. Entre-temps, j’ai réussi à perdre un de mes carnets (hence the title) ; je croise les doigts pour le retrouver demain. Avec un peu de magie de Noël, tout peut arriver, ‘spas ? (Un vrai moment Disney…) J’avais aussi acheté des albums photos, des tons marrons (chauds les marrons chauds), pour faire comme une grande avec les photos développées ; et puis, j’ai tout simplement envie de sourire ces derniers temps ; non, je ne pouvais pas mieux tomber à Lyon. Voir plus…








